Que se passe-t-il ?
José Antonio Kast, fils de nazi – quoique ce ne soit pas ça que nous critiquions directement – et nostalgique de la dictature de Pinochet, a largement remporté les élections présidentielles au Chili face au centre-gauche.
Et surtout, il les a remporté HAUT LA MAIN ; il a remporté toutes les régions sans exception.
José Antonio Kast est quelqu’un de dangereux, et c’est une situation à prendre très au serieux.
Pourquoi il a gagné (et donc a été choisi par la majorité des chiliens) ?
Parce que le mandat de Boris (qui représentait la coalition de gauche chilienne, de l’extrême gauche au centre-gauche) a beaucoup déçu – quand bien même il a porté des mesures de gauches comme la hausse du salaire minimum et la réduction du temps de travail – et s’est frotté à une opposition de l’éléctorat de gauche lui-même suite notamment à la répression de manifestations, mais aussi et surtout à celle de l’appareil médiatique immense suite aux choix de mesures d’ultra gauche portés par la constituante – typiquement, l’anti-héritage. De fait, la nouvelle constitution n’a, par référendum, pas été adoptée, et ce cuisant échec constitua une immense désillusion dont la gauche chilienne, sous ce mandat, n’a pas su se remettre.
Parce que le temps fait oublier et ne plus craindre les dictatures à qui ne s’en informe pas.
Parce que c’était les premières élections au Chili avec le vote obligatoire, et que si on met le vote obligatoire et qu’on bombarde de propagande politique, on obtient le résultat que ceux qui font la propagande veulent. Et c’est bien plus simple pour l’extrême-droite qui fait appel à de bas instincts de gagner dans ces conditions. Dit autrement, le vote obligatoire ne sert à rien si tu ne l’accompagnes pas d’une politique d’information citoyenne, sinon à appuyer l’opinion donnée par les leaders médiatique.
Mais aussi et surtout, parce que les médias sont à la main de milliardaires qui ont fait fortune sous Pinochet. Médias qui, donc, matraquent les faits divers, mais aussi et surtout propagent la vision que, si l’économie va bien, tout va bien. Ils vantent leur si regretté miracle économique sous Pinochet, qui fut en fait un désastre où la condition des travailleurs précaires n’avait absolument pas évolué vers le mieux. Dit autrement, ce n’est pas parce que les indicateurs macro-économiques sont au vert que la population ne crève pas la faim, et qu’un tiers-monde n’est pas de facto enclavé dans le pays. Cette croissance économique chilienne sous Pinochet cachait – non, était en réalité une répression sanglante des pauvres. L’économie a un impact sur les corps. Typiquement, des villages sont à ce jour toujours asséchés par le détournement des rivières réalisés pour la culture massive, notamment de l’avocat.
En quoi c’est grave ?
Parce que la dictacture ne fait pas peur à qui ne s’en informe pas.
Parce que c’est la preuve que les médias gagnent.
Parce que c’est un décendant et défenseur de la doctrine nazie.
Parce qu’il est anti-IVG (même si fruit d’un rapport non-consenti).
Parce qu’il est contre le mariage pour tous.
Parce qu’il est ouvertement pro-Pinochet, sachant que Pinochet a enfermé et massacré son propre peuple + destruction économique via politique néo-libérale agressive. Veut d’ailleurs gracier des militaires qui ont été jugés et condamnés pour ces tortures et executions. Kast est d’ailleurs le seul président à avoir milité pour le maintien au pouvoir de Pinocher en 1988, qui aura provoqué la mort de 3200 citoyens à l’immense minimum entre 1973 et 1990, et un nombre non-arrêté de disparus. Kast est le fils d’un membre du parti du nazi, et le frère de l’ex-directeur de la banque centrale nationale sous Pinochet, responsable de l’établissement de ce désastre économique.
A axé sa politique – et n’a d’ailleurs en ce sens presque pas fait campagne – exclusivement sur les sujets de la sécurité et de l’immigration, alors même que le Chili fait état d’un taux d’homicides de 6 pour 100 000 habitants – mieux que la majorité des autres pays du continent latino-américain qui compte pour moyenne globale 20 homicides pour 100 000 habitants. En Équateur par exemple, c’est 38 pour 100 000 – pays d’ailleurs de droite dirigé par des catho fascistes. (Cela ressemble d’ailleurs beaucoup au RN – et même plus généralement à la droite – en France, qui n’a aucun projet politique si ce n’est celui de marteler les sujets de sécurité interne au pays, sans même y apporter une pointe d’analyse ni faire preuve d’un quelconque discernement)
Que faut-il retenir ?
Moralité, jouer les modérés face à l’extrême droite, c’est une strat toute pourrie.
Si nous ne le faisions pas déjà, il ne faut absolument pas sous-estimer la puissance de l’appareil médiatique ici ou ailleurs, et se battre de toutes nos forces contre pour faire entendre des positions les plus objectives possibles. On ne peut pas se contenter de dire que les médias sont méchants.
Ne pas dé-nazifier / dé-fasciser nos pays et nos populations, c’est rendre certain le fait qu’ils reviendront à la charge dans un future plus ou moins proche. Il ne faut laisser aucun terrain à ces idéologies haineuses et honteuses, sans quoi elles continueront à se répandre comme un virus, et comme c’est le cas aujourd’hui – à notre grand désarroi – en France.
Il faut que nous continuions à faire comprendre qu’une hausse de la criminalité est est dans la quasi-totalité des cas dûe à de la casse sociale, et à une maltraitance de la classe la plus pauvre, non pas à l’arrivée d’une population qui serait “criminogène” comme on aimerait nous le faire croire. Travailler inlassablement à rendre une société plus juste, la rendra nécessairement plus sûre. Tout est travail de justice économique, de justice sociale et d’éducation. Pointer du doigt l’immigration, c’est pointer du doigt – maladroitement – un symptome, pas la cause.
L’avis des locaux
J’ai récolté plusieurs témoignages de personnes vivant au Chili, répondant notamment aux invectives d’autres invoquant le fait que si, l’immigration – notamment vénézuelienne – est massive, et est un problème. De par ma connaissance de l’état de la France, j’ai évidemment tendance à être méfiant de ces positions. Mais cela dit, il faut toujours reconnaitre que les locaux sont les habitants d’un pays sont les plus à même de décrire la situation qui s’y trouve. Encore faut-il tomber sur des interlocuteurs qui sachent prendre de la hauteur et faire preuve d’objectivité. Voilà donc quelques témoignages parmis ceux que j’ai pu récolter, qui m’ont paru le plus objectif.
J’habite au Chili depuis 8 ans et c’est bien plus compliqué que cela [ref: que de dire que l’immigration est un énorme problème là-bas]. Pour commencer, même si de nombreux vénézueliens sont diplômés, ils ne sont pas majoritaires et, en plus, les diplômes ne sont pas toujours reconnus. Les profesionnels que tu mentionnes ne sont donc pas inquiétés. Le discours anti vénézuelien se centre surtout autour des questions d’insécurité du fait de l’arrivée de membres du crime organisé, comme le “Tren de arragua” ainsi que d’une délinquance plus classique mais visible. Les médias alimentent à la fois le sentiment d’insécurité et la xénophobie en consacrant une grande partie de leurs programmes aux faits divers. Il y a également des tensions liées aux “habitudes”, la plupart des vénézueliens, provenant de milieux modeste,s sont souvent pointés du doigt à cause de nuisances sonores (musique à fond en pleine semaine, non respect des règlements de copropriétés, ventes de rue, commerces illégaux, etc). Ce qui a pour effet de crisper les tensions entre voisins, par exemple dans le centre de Santiago, ce qui a eu pour effet de déplacer les autres communautés (chilienne et étrangères) et de faire chuter les prix du logement dans certains secteurs.
Quelques précisions :
- Ca fait depuis fin 2022 que la victoire de Kast était anticipée (sauf pendant quelques mois début 2025, quand c’était la candidate de la droite classique, elle aussi nostalgique de Pinochet, qui a été donnée gagnante contre Kast). En fait, le fait que la gauche ait figuré au second tour était déjà un quasi miracle, parce qu’avant la primaire aucun candidat de gauche n’était donné présent au second tour, et de loin. Jara n’a pas démérité. Sa très large victoire à la primaire alors que le candidat du parti de Boric n’a obtenu que 9% a fournit une dynamique indéniable à sa candidature : elle a littéralement fait 15 points de plus que ses meilleurs sondages d’avant la primaire. Mais aucun miracle n’était possible pour le second tour. Pas avec une droite à 70%. Faire 42% dans ce contexte, c’était clairement le mieux possible. Et encore une fois : ça fait depuis fin 2022 que c’était anticipé et la gauche était donnée encore plus bas que ça depuis 3 ans.
- Boric a mis en œuvre l’essentiel de son programme. Il n’a pas trahit, il n’a pas échoué, il n’a pas fait de compromis foireux, etc. Seulement, comme la FI en France, derrière la rhétorique radicale depuis des années, l’orientation politique était social-démocrate modérée. Et même si c’était mieux que la politique néolibérale de la Concertation, ben c’était pas suffisant pour susciter l’adhésion.
- Boric et le Front Large avaient tout misé sur la nouvelle constitution. Tout, absolument tout. Il comptait surfer sur la vague. Sans lien fort avec les syndicats, sans implantation locale, sans alliance internationale ferme, et donc sans engouement populaire pour un programme de changement profond, une fois que la proposition de constitution a été rejetée à 64%, il n’y avait plus aucun fer au feu. Rien d’autre que sa politique social-démocrate modérée et sans plus d’effets rhétoriques pour la faire passer pour révolutionnaire. Et c’est encore pire que ça : après deux ans à naviguer à vue, Boric a commencé à… trianguler. Non seulement il n’avait rien fait pour contester le façonnage de l’opinion publique par les grands médias privés détenus par les milliardaires (malgré encore une fois une rhétorique très radicale sur le sujet avant l’arrivée au pouvoir), mais dans la dernière ligne droite avant l’élection il s’est qu’il pouvait capitaliser dessus en reprenant à son compte la rhétorique sécuritaire.
Les dégats encore perceptibles du fameux ”Estallido Social” de 2019 ont exacerbé le refus envers la gauche d’une grande part de la population qui en fut écoeurée. Le centre-ville de Santiago est encore plein de grafitis et de vitres brisées. Il faut aussi compter le fait de la vague d’immigration des années 2015-2022, une des plus grandes per capita dans le monde, plus que l’Europe et les USA, dans un pays insulaire qui ne recevait que des marins et quelques voisins (peruviens et argentins). Evidemment qu’il existe une l’exagération du crime et des scandales de corruption par les médias détenus par quelques oligarques (un peu comme dans le reste de l’Occident). Ce qui a facilité la tâche des droitistes qui s’empressent de faire peur aux votants i.e. Zemmour, FN. En plus de l’influence du populisme de Milei et de Trump tout autour. Tout cela a crée un ras-le-bol chez les votants chiliens. Renforcé en plus par l’erreur évidente de placer une communiste [qui d’ailleurs n’a eu de cesse de rappeler qu’elle incarnait aussi le centre-gauche], héritage d’un autre souvenir douloureux celui du désastre de l’Union Popular de 1971, si bien intentionnée et incomparable aux gauchistes médiocres du Venezuela et de l’Argentine soit elle, n’a eu comme effet de pencher la balance encore davantage vers l’axe des droitards Kast-Kaiser-Mattei.
Je suis chilien et il y a beaucoup de vénézuéliens qui sont arrivé au Chili en criant “Vive Pinochet”, ajoutant qu’eux aussi ont besoin d’un Pinochet. Les chiliens plus jeunes de moins 35 ans n’en ont rien a ciré de la dictature, pour eux c’est une discussion qu’ils entendent dans les repas de famille. La transition pacifique a permit d’éviter un bain de sang mais elle aussi permit d’éviter la remise en question du modèle économico-politique, comme c’est arrivé au Portugal ou en Espagne. Ici le président a changé en 1990, pas le modèle. Ça veut dire que le plus jeunes n’ont pas appris à l’école que la dictature c’est mal comme en France pour le deuxième guerre mondiale. A l’ecole militaire ils enseignent que le 11 septembre 73 l’armée a sauvé le pays du communisme. Au QG de la marine a Valparaiso, jusqu’à l’anné derniere, il y avait encore une statue de José Toribio Merino, commandant en chef de la marine qui a comploté pour le coup d’etat et qui a été membre la junte militaire jusqu’en 1990. Après 1990 l’armé a pris la défense des militaires qui ont été jugé pour violation des droits de l’homme en payant leurs avocats et en continuant a payer leur retraite même après avoir été condamnés. La vérité c’est qu’il y a 2 Chili, celui raconté par l’exil chilien en Europe et celui qui est nostalgique de Pinochet, il suffit de se souvenir qu’au plébiscite de 1988 Pinochet a quand même obtenu 44%, c’est pas si loin de 50%. Ce qui a mené a la victoire de kast c’est le fait que la candidate soit communiste, l’électorat de centre peut voter pour un social démocrate mais pas pour une communiste. La parti communiste chilien soutien Maduro et Cuba et ceci est perçu ici comme étant anachronique. Imaginer Fabien Roussel défendant Maduro, il serait mis de côté de suite. Les communiste ça gagne pas les élections.
